Le Chef-d’oeuvre inconnu (Balzac)

09 Jan Le Chef-d’oeuvre inconnu (Balzac)

« Vers la fin de l’année 1612, par une froide matinée de décembre, un jeune homme dont le vêtement était de très mince apparence se promenait devant la porte d’une maison située rue des Grands-Augustins, à Paris. Après avoir assez longtemps marché dans cette rue avec l’irrésolution d’un amant qui n’ose se présenter chez sa première maîtresse, quelque facile qu’elle soit, il finit par franchir le seuil de cette porte, et demanda si maître François Porbus était en son logis. Sur la réponse affirmative que lui fit une vieille femme occupée à balayer une salle basse, le jeune homme monta lentement les degrés et s’arrêta de marche en marche, comme quelque courtisan de fraîche date inquiet de l’accueil que le Roi va lui faire. Quand il parvint en haut de la vis, il demeura pendant un moment sur le palier, incertain s’il prendrait le heurtoir grotesque qui ornait la porte de l’atelier où travaillait sans doute le peintre de Henri IV, délaissé pour Rubens par Marie de Médicis. Le jeune homme éprouvait cette sensation profonde qui a dû faire vibrer le coeur des grands artistes, quand, au fort de la jeunesse et de leur amour pour l’art, ils ont abordé un homme de génie ou quelque chef-d’oeuvre. »

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Ce très court récit de Balzac (une trentaine de pages) est d’emblée marqué par le mystère : Quel est ce chef-d’œuvre qui serait resté inconnu ? Dans ce Paris du XVIIe siècle, les personnages mis en scène par Balzac portent eux aussi leur part d’énigme : Frenhofer, vieillard « diabolique », Porbus, peintre peu connu bien que nombre de ses tableaux soient célèbres (plusieurs sont d’ailleurs au Louvre), Nicolas Poussin, artiste fameux mais dont on ignore souvent les débuts misérables que Balzac rapporte dans ce récit. Enfin, à ces trois grandes figures de peintres vient s’ajouter un quatrième personnage : Gillette, la maîtresse de Poussin, jeune femme à la beauté fascinante.

Le Chef-d’œuvre inconnu, c’est un cheminement dans le Paris du XVIIe siècle, mais aussi une promenade dans l’histoire de l’art où l’on rencontre les plus grands artistes : Raphaël, Titien, Véronèse, Giorgione, Holbein, Dürer, Rembrandt, Rubens, Mabuse…  Balzac, créateur génial,  pose ici la question fondamentale pour un artiste : le rêve d’un chef-d’œuvre parfait est-il réalisable ? L’idéal de perfection, moteur de la création artistique, ne se situe-t-il pas à la frontière de la folie ?

Cette œuvre vous intéresse ? Voici quelques autres titres qui pourraient vous plaire :

  •  La Recherche de l’absolu: Balzac aborde dans cette autre roman de La Comédie humaine le même sujet  (le héros n’est pas un peintre mais un chimiste, qui cherche à tout prix à percer le secret de la matière).
  • L’Oeuvre d’Emile Zola : un peintre, Claude Lantier, ne parvient pas à réaliser « l’œuvre » qu’il poursuit en vain.
  • Un Amour de Swann de Marcel Proust : on retrouve le même conflit entre l’art et l’amour que dans Le Chef-d’œuvre inconnu, le personnage d’Odette dans l’œuvre de Proust faisant écho en ce sens au personnage de Gillette dans le roman de Balzac.
  • La Belle Noiseuse : ce film de Jacques Rivette est une adaptation du Chef-d’oeuvre inconnu de Balzac.
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