Extrait de « L’Assommoir » (Emile Zola, 1877): plan de commentaire

24 Jan Extrait de « L’Assommoir » (Emile Zola, 1877): plan de commentaire

« Au milieu de cette existence enragée par la misère, Gervaise souffrait encore des faims qu’elle entendait râler autour d’elle. Ce coin de la maison était le coin des pouilleux, où trois ou quatre ménages semblaient s’être donné le mot pour ne pas avoir de pain tous les jours. Les portes avaient beau s’ouvrir, elles ne lâchaient guère souvent des odeurs de cuisine. Le long du corridor, il y avait un silence de crevaison, et les murs sonnaient creux, comme des ventre vides. Par moments, des danses s’élevaient, des larmes de femmes, des plaintes de mioches affamés, des familles qui se mangeaient pour tromper leur estomac. On était là dans une crampe au gosier générale, bâillant par toutes ces bouches tendues; et les poitrines se creusaient, rien qu’à respirer cet air, où les moucherons eux-mêmes n’auraient pas pu vivre, faute de nourriture. Mais la grande pitié de Gervaise était surtout le père Bru, dans son trou, sous le petit escalier. Il s’y retirait comme une marmotte s’y mettait en boule, pour avoir moins froid; il restait des journées sans bouger, sur un tas de paille. La faim de le faisait même plus sortir, car c’était bien inutile d’aller gagner dehors de l’appétit, lorsque personne ne l’avait invité en ville. Quand il ne reparaissait pas de trois ou quatre jours, les voisins poussaient sa porte, regardaient s’il n’était pas fini. Non, il vivait quand même, pas beaucoup, mais un peu, d’un oeil seulement; jusqu’à la mort qui l’oubliait! Gervaise, dès qu’elle avait du pain, lui jetait des croûtes. Si elle devenait mauvaise et détestait les hommes, à cause de son mari, elle plaignait toujours bien sincèrement les animaux; et le père Bru, ce pauvre vieux, qu’on laissait crever, parce qu’il ne pouvait plus tenir un outil, était comme un chien pour elle, une bête hors de service, dont les équarrisseurs ne voulaient même pas acheter la peau ni la graisse. Elle en gardait un poids sur le coeur, de le savoir continuellement là, de l’autre côté du corridor, abandonné de Dieu et des hommes, se nourrissant uniquement de lui-même, retournant à la taille d’un enfant, ratatiné et desséché à la manière des oranges qui se racornissent sur les cheminées. »

Problématique: Comment ce texte de fiction dénonce-t-il avec force la misère du peuple?

Plan proposé:

I/ Une misère démultipliée

A. Description, récit, argumentation

B. Entrelacement de trois points de vue

C. Accumulation des pluriels

II/ Un texte réaliste

A. Souci du détail

B. Convocation de différents sens: vue, odorat, ouïe

C. Présence d’un lexique et d’une syntaxe familiers

III/ Le pathétique au service de la dénonciation

A. Des images frappantes

B. Une souffrance omniprésente

C. La déshumanistaion

 

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